Bleu de France et British Racing Green : à chaque pays sa couleur

En ce début d’année 2021, la F1 fait son grand retour. Avec elle, les révélations de livrées sont au nombre de dix. Dix équipes, dix livrées. On retiendra particulièrement les arrivées des équipes Alpine et Aston Martin, héritières des teams Renault et Racing Point. Mercedes a de nouveau brillé par son abandon des flèches d’argent. J’y reviendrai plus tard.

Si je voulais revenir en particulier sur les équipes Alpine et Aston Martin, c’est pour leurs couleurs. L’une et l’autre reprennent leurs couleurs nationales, données originellement lors de la Coupe Gordon Bennett.

Aux origines

Début du XXème siècle, soucieux de vendre leurs journaux, les directions de presse organisent des évènements sportifs, permettant de créer un support, une actualité pour leurs journaux, et donc de vendre du papier. C’est ainsi qu’est par exemple créé le Tour de France cycliste, en 1903, par Henri Desgrange et Géo Lefèvre, du journal l’Auto. Un journal édité sur du papier jaune, ce qui donnera la couleur du maillot jaune en 1919 : le maillot du vainqueur du Tour et/ou leader du classement général.

Du côté de l’automobile, c’est l’Américain James Gordon Bennett junior, propriétaire du quotidien New York Herald, qui met les petits plats dans les grands, quelques années avant l’apparition du Tour de France cycliste. En 1899, il propose aux Automobile-Clubs nationales d’organiser une coupe mondiale, qui rassemblerait les pilotes selon les nationalités et non pour une marque automobile. Chacun courrait pour son pays. C’est en 1900 qu’a alors lieu la première Coupe automobile Gordon Bennett, qui durera jusqu’en 1905. Durant six éditions, avec un nombre très variable de pays inscrits selon les années, l’Allemagne, la Belgique, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Autriche et les États-Unis s’affronteront, la France dominant largement les débats.

1905, la Gordon Bennett a lieu en France, sur le circuit d’Auvergne, au départ de Clermont-Ferrand

Coupe Gordon Bennett 1905

1905 sera la dernière année de la Coupe Gordon Bennett. Cette année là, c’est la France qui accueille une nouvelle fois la compétition. Le grand rendez-vous international a lieu en Auvergne, à Clermont-Ferrand, sur les terres de Michelin, qui co-organise la compétition. Alors, Michelin investit et communique à grands frais sur cet évènement, amenant un soutien technique et profitant de la compétition pour mettre en avant ses produits. A l’arrivée, les quatre premiers classés sont équipés de pneumatiques Michelin.

Cette année là, Michelin prend un virage important. La Coupe Gordon Bennett sera l’occasion pour la firme clermontoise de produire sa première carte routière. En effet, le plan du circuit long de 137 kilomètres, à parcourir quatre fois, sera imprimé par Michelin. le voici, ci dessous. La suite, on la connait, Michelin deviendra le spécialiste mondial des cartes routières, et cela vaudrait un article complet. Je vous conseille d’ailleurs de consulter le dossier de presse créé par Michelin à l’occasion.

1905, Michelin édite sa première carte routière : le circuit de la Coupe Gordon Bennett.

1906, la Coupe Gordon Bennett devient une coupe aéronautique, comprenez de ballons gonflables. Il s’agit ainsi de la plus ancienne course en ballons et existe toujours de nos jours. En cette année 1906, l’Automobile Club de France organise sa propre course, le premier Grand Prix de l’ACF, au Mans, qui deviendra par la suite le Grand Prix automobile de France.

Mais où en est-on des couleurs, me diriez-vous ?

Nous l’avons vu, lors de la Coupe automobile Gordon Bennett, ce sont les pays qui font foi. Ainsi, l’organisateur décida que chaque pays aurait sa couleur, afin de différencier chaque équipe, sans se préoccuper des marques et modèles de voiture. De là est venu ce code couleur utilisé en compétition jusqu’à la fin des années 60 et même après parfois. Voilà donc pourquoi la Renault 8 Gordini était bleue, pourquoi les Ferrari et Alfa Romeo sont rouges ou encore pourquoi les Jaguar sont vert anglais, ou plutôt « British Racing Green » très officiellement, ou « BRG ». Tout cela date de cette compétition du début du siècle. Les couleurs allaient varier un peu, pour ensuite retrouver ces teintes précises, illustrées ci dessous.

  • Belgique : carrosserie jaune, numéro noir
  • Allemagne : carrosserie blanche, puis gris argent, numéro rouge
  • France : carrosserie bleue « Bleu de France », numéro blanc
  • Royaume-Uni : vert « British Racing Green », numéro blanc
  • Italie : rouge « Rosso Corsa », numéro blanc
  • Japon : carrosserie blanc ivoire, rond rouge sur le capot et numéro noir
  • États-Unis : carrosserie blanche aux rayures bleues « Cunningham Racing Stripes », ou inverse, numéro noir

Il y eut aussi des nuances et anecdotes. Alpine ne portait pas le Bleu de France mais « Bleu Alpine RE331/RE341 ». Les voitures allemandes devinrent grises argent lors du Grand Prix de l’Eifel 1934. La couleur originale de Ferrari n’est pas le rouge mais bien le jaune, c’est la compétition qui fit du rouge la marque de fabrique de la marque de Modène, le Rosso Corsa, le « rouge course », ça ne s’invente pas. D’ailleurs, Alfa Romeo n’utilisait pas le même rouge que Ferrari, mais une teinte plus sombre. Et diablement chic, plus carmin.

à chaque pays sa couleur

Belgique : carrosserie jaune, numéro noir

Equipe Francorchamps jaune Belgique – Ferrari 512S châssis n° 1030 – 24 Heures du Mans 1970

Allemagne : carrosserie blanche, puis gris argent, numéro rouge

Rudi Caracciola – Mercedes SSK – Mille Miglia 1931
Luigi Fagioli – Mercedes-Benz-W-25 – la première flèche d’argent – Grand Prix Eifel 1934

France : carrosserie bleue « Bleu de France », numéro blanc

Hermano da Silva Ramos – Grand Prix de France, Reims, 1956 – Gordini T32

Royaume-Uni : vert « British Racing Green », numéro blanc

Ninian Sanderson et John Lawrence – Jaguar D-Type – Ecurie Ecosse – 24 Heures du Mans 1957
Jim Clark, Lotus 49, Grand Prix du Pays-Bas 1967

Italie : rouge « Rosso Corsa », numéro blanc

Juan Manuel Fangio – Grand Prix de France, Reims, 1950, Alfa Romeo 158

Japon : carrosserie blanc ivoire, rond rouge sur le capot et numéro noir

1968, Tetsu Ikuzawa pilote pour Frank Williams Racing, en F3 britannique.

États-Unis : carrosserie blanche aux rayures bleues « Cunningham Racing Stripes », ou inverse, numéro noir

Shelby Daytona Cobra Coupe, 24 Heures du Mans 1965

Les autres pays aussi

Le Royaume-Uni, l’Italie, la France, l’Allemagne, le Japon, les États-Unis et la Belgique sont les pays principaux ayant porté leurs couleurs nationales. On doit entre autres cela à leurs productions et marques nationales du début du XXème siècle, qui ont forcément influencé leurs investissements en compétition. Ceci étant, bien après la Gordon Bennett, d’autres pays ont concouru à travers le monde. On peut par exemple penser à la Suisse, engagée avec une peinture de caisse rouge et un capot blanc, l’Egypte engagée avec la couleur violette, ou l’Afrique du Sud, présente avec une caisse dorée et un capot vert. Toutes ces nuances sont résumées ici.

Fin des années 60, Le sponsoring arrive

Longtemps, les voitures de courses garderont leurs couleurs nationales, jusqu’à l’arrivée du sponsoring. En 1968, le patron de Lotus, Colin Chapman change les codes. Cette année là, devant la hausse des coûts du sport automobile et particulièrement ceux de la F1, la FIA autorise les soutiens extérieurs et l’entrepreneur anglais fait entrer une tierce personne dans son entreprise. Le tabatier Gold Leaf finance ainsi la saison de l’équipe Lotus. En échange, les Lotus 48 prennent les couleurs rouges, blanches et or, perdant alors leurs robes vert anglais et jaunes. La première apparition de cette livrée aujourd’hui mythique se fait lors du Grand Prix d’Espagne 1968 et commence par une victoire, avec Graham Hill.

Historique, les Lotus quitteront en 1968 leurs couleurs nationales pour trouver la robe rouge et or du tabatier Gold Leaf. Ici, Grand Prix de Monaco 1968, Graham Hill passe le virage de la gare.

En cette fin des années 60, pour la première fois depuis des décennies, les couleurs nationales sont éclipsées. Bruce McLaren revêtira par exemple ses voitures de course d’un intense “Orange Papaye”, selon lui plus repérables à la télévision que les voitures vert anglais.

Denny Hulme McLaren-Ford F1 Grand Prix automobile de Monaco 1968. Il s’agira de la première F1 McLaren à porter la robe Orange Papaya, revenue au goût du jour chez McLaren il y a quelques années. Colin Chapman avait ouvert les portes aux nouvelles couleurs…

Globalement, rien ne sera plus pareil, même si régulièrement, certaines marques et équipes revêtiront leurs couleurs nationales. On pensera par exemple à Alpine ou à Aston Martin cette année ou à Prost GP à la fin des années 90. La boucle est bouclée, et le Bleu de France, le bleu français est toujours là, couleurs des Alpine, des Gordini, des Bugatti et de bien d’autres marques et écuries françaises.

Bonne journée chez vous,
Jean-Charles

En images

Historique, les Lotus quitteront en 1968 leurs couleurs nationales pour trouver la robe rouge et or du tabatier Gold Leaf. Ici, Grand Prix de Monaco 1968, Graham Hill passe le virage de la gare.
Sur sa Lotus-Ford ou sa combinaison, Graham Hill porte les couleurs du tabatier Gold Leaf.
F1 1965 Mexico – Richie Ginther – Honda RA272, aux couleurs du Japon
Bleu c’est bleu, le bleu de France, pour les Gordini, Renault 8 comme F1 de l’écurie d’Amédée.

A voir aussi

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_couleurs_nationales_dans_les_courses_automobiles
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89curie_Belge
https://www.postwarclassic.com/the-easter-eggs-of-ecurie-national-belge


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