Françoise Sagan, la Jaguar et la vie

Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans peuvent pas connaître. Voire des moins 70 ans.

Milieu des années 50, la jeune Françoise Quoirez écrit et propose son roman aux maisons d’édition. Le récit est d’une telle qualité que l’éditeur René Julliard flaire la bonne affaire et propose à Quoirez de l’éditer. Mais Quoirez est jeune et mineure, le contrat doit être validé par ses parents. Ils lui demandent de changer son nom pour la publication : ce sera Sagan, Françoise Sagan. Son roman Bonjour Tristesse est sur les rails. En avance, l’éditeur lui propose 25.000 francs, somme qu’il double à la validation du contrat, signé le 21 janvier 1954.

Avec ses 50.000 francs, Françoise Sagan va pouvoir rêver. Elle a 19 ans et non loin de l’appartement parisien de ses parents, est installé un garage Jaguar. Elle passe devant sa devanture tous les jours ou presque, entre et franchit le pas. A 19 ans, elle cède à la tentation et achète une Jaguar XK120.

Celle qui selon Juliette Greco « d’un jour en faisait deux » va pouvoir vivre à 100 à l’heure, au sens propre comme figuré. Bonjour Tristesse est un succès incroyable, Sagan amasse des fortunes et quand elle demande à son père ce qu’elle doit faire de tout cet argent, il lui répond de tout dépenser, ce qu’elle fera.

L’une des personnes les plus célèbres de France, s’amuse donc, dépense, sans limite, vit à grande vitesse, devenant une James Dean française. Du haut de son mère soixante-cinq, Sagan se retrouve au volant de cette XK120 tout d’abord puis d’AC Bristol ensuite, de Jaguar Type E et de bien des modèles sportifs. Car adepte de sportivité et d’automobiles, elle déclarera préférer pleurer dans une Jaguar plutôt que dans un autobus. On aime, forcément.

Cette Jaguar XK120 marquera en tous points l’histoire automobile et fera l’image qu’on a de Sagan. Quand en 2008 sort « Sagan », le film biographique réalisé par Diane Kurys, l’affiche du film montre simplement Sylvie Testud reprenant Sagan, posée sur une Jaguar XK120, faisant dos à la mer normande. Plus tard, quand la ville de Deauville retrace la vie de Françoise Sagan, c’est bien l’automobile qu’on retrouve sur l’affiche de l’exposition. Cette fois, pas de Jaguar XK120 mais son AC Bristol, autre mythe automobile.

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