Mercedes W196 streamliner : l’unique F1 à la carrosserie complète

1954, Mercedes revient sur le devant de la scène automobile mondiale. L’équipe allemande aura quitté les circuits, courses de côte et autres courses sur route depuis la fin des années 30. Elle revient ainsi dans la grande porte, s’engageant directement en F1, dont la compétition officielle a été lancée en 1950, lors du Grand-prix de Silverstone. Mais les Flèches d’argent loupent ce rendez-vous et les premières années de compétition, occupées en endurance, au Mans ou sur les Mille Miglia. La première confrontation a lieu en France, à Reims, lors du Grand Prix de l’ACF 1954.

Pour leur retour, les Flèches d’argent (lire Le 2 juin 1934 serait-il le premier jour des Flèches d’argent Mercedes ?) ont mis les petits plats dans les grands. Exploitant le règlement au mieux comme l’équipe a toujours su le faire et le fait encore aujourd’hui, Mercedes est présente avec deux voitures, qui n’en sont en fait qu’une seule. La règlementation autorise en effet le fait d’avoir des roues carénées, avec une carrosserie enveloppant les roues, ou non.

Une auto, deux carrosseries

Une première version est créée, nommée Mercedes W196 Streamliner ou « W196 Monza ». Elle est entièrement carrossée, aux roues carénées, protégées, et à la ligne d’échappement glissée sous la carrosserie, avec évacuation sur le côté droit. Cette seconde carrosserie, qu’on appelle « Stromlinienkarosserie » en allemand et « Streamliner » en anglais, est prévue pour les circuits les plus rapides du championnat, tels que Reims-Gueux, Monza ou Silverstone, là où une vitesse de pointe élevée est demandée.

Une Mercedes W196 « classique » est ensuite préparée, reprenant les codes habituels d’une F1 de l’époque, façon « cigare avec des roues », pour les circuits et compétitions classiques.

W196 Streamliner ou cigare, une seule conception mécanique et structurelle : seule la carrosserie changeait.

Avec sa carrosserie profilée, on croirait la Streamliner échappée d’une course d’endurance. Mais non, il s’agit bien d’une F1. Elle annonce 300 km/h en vitesse de pointe, 280km/h pour la version classique. Côté poids, la Streamliner pèse 640kg, quand sa sœur en pèse 45 kilos de moins. Plus lourde mais plus rapide, plus effilée, plus longue aussi. Plus tard, la W196 Streamliner aidera bien au développement de la 300 SLR, qu’on retrouvera en endurance et sur les longues courses routières italiennes.

Grand Prix de France, Reims 1954, la grille de départ.
18 – Juan Manuel FANGIO – Mercedes-Benz W196, 20 – Karl KLING – Mercedes-Benz W196, 10 – Alberto ASCARI, Maserati 250F.

Dimanche 4 juillet 1954

En ce dimanche 4 juillet 1954, les Mercedes sont aux deux premières places sur la grille de départ. A leur côté, Alberto Ascari glisse sa Maserati. Comme en témoigne ci-dessus le document issu du Grand Prix de France 1954, on voit nettement les différences entre les F1. Les Mercedes, aux carrosseries enveloppantes, sortent du lot sur cette image. On voit nettement le travail d’aérodynamique fait, les passages de roues gracieux, les ouïes de refroidissement, facilitant aussi la pénétration dans l’air.

Avec les W196, Mercedes fait figure d’épouvantail. Première ligne, Juan Manuel Fangio porte le numéro 18, Karl Kling le 20 et derrière, en 7ème position sur la grille, on retrouve Hans Herrmann, au numéro 22.

A Reims, l’équipe Mercedes trouve refuge dans un garage de la ville, non loin du circuit.

Mano à mano jusqu’à la victoire

Dans un sublime mano à mano, les Mercedes sortent aussi du lot. Partis en tête, Juan-Manuel Fangio et Karl Kling, placent finalement leurs flèches d’argent aux deux premières places. Du départ à l’arrivée, l’Argentin et l’Allemand n’auront pas lâché la tête de la course, s’échangeant le leadership, dans une domination totale tout au long du week-end.

Le malchanceux des trois pilotes Mercedes : Hermann doit abandonner, suite à un souci moteur sur la longue ligne droite vers Thillois.

Dès leurs débuts, les Flèches d’argent s’imposent. C’est un Grand prix historique pour Mercedes comme pour la F1. Cette année-là à Reims, il s’agit du premier Grand prix de la marque à l’étoile depuis son retrait des courses automobiles internationales, au début de la seconde guerre mondiale.

Durant deux ans, les Mercedes imposeront leur domination sur la F1, remportant neuf des douze manches disputées -toutes versions W196 confondues-, enlevant les deux titres pilotes avec Fangio (qui courut aussi avec Maserati).

Grand Prix de l’ACF 1954, Circuit de Reims-Gueux, 18 – Juan Manuel FANGIO – Mercedes-Benz W196, 20 – Karl KLING – Mercedes-Benz W196S
Précis et dévoué, Alfred Neubauer porte son équipe à la première place de ce Grand Prix de France 1954.

Reims 1954 et plus

On retrouve la W196 Streamliner à cinq reprises entre 1954 et 1955. A Reims 1954, nous l’avons vu mais aussi la même année à Silverstone, au Nürburgring, à Monza puis une nouvelle fois à Monza en 1955. Ces deux rendez-vous italiens complèteront le palmarès de la W196S, par deux fois avec Juan-Manuel Fangio. Seul Fangio aura fait triompher la W196 Streamliner. Monza 1955 sera la dernière course en F1 pour Mercedes, avant leur retour en 2010. Un retrait découlant de la catastrophe du Mans de la même année.

Monza 1955, la dernière course des Mercedes en F1 avant leur retour en 2010.
La victoire revient à Juan Manuel Fangio, devant Piero Taruffi.

Pour conclure, on se rend compte ici comment Neubauer et Mercedes ont su exploiter le règlement, qui autorisait alors une carrosserie complète pour une F1. Mais cette W196 streamliner ne fut la seule F1 de ce type. Au milieu des années 50, on eut deux autres F1 aux roues carénées : la Connaught BS et la Cooper T40. Elles finiront sans gloire, classées loin, très loin des performances des Flèches d’argent.

En parallèle du programme W196 de 1954/1955, on retrouve les Mercedes carénées sur le World Sportscar Championship avec un modèle dérivé de la W196 : la 300 SLR. En 1955, Mercedes y remporte alors les Mille Miglia, le Tourist Trophy disputé sur le circuit de Dundrod et la Targa Florio, en Sicile. Mais c’est une toute autre histoire…

A voir

Dans ce reportage d’époque, nous retrouvons tout la saison 1954 de l’équipe Mercedes, avec durant les onze premières minutes, le Grand Prix de l’ACF disputé sur le circuit de Reims-Gueux. On y découvre l’ambiance de l’époque, on met des noms sur des visages, on voit Albert Neubauer dans ses œuvres, on découvre la W196R Streamliner en action ainsi que les précipitations présentes durant le Grand-prix. Ambiance.

A lire :

Alfred Neubauer & Mercedes W196 Les « Flèches d’argent » sont enfin là !
https://roadbookmagazine.com/fr/fleches-dargent
W196 : https://www.statsf1.com/fr/mercedes-w196.aspx
W196 Streamliner : https://www.statsf1.com/fr/mercedes-w196s.aspx
https://simanaitissays.com/2021/05/17/1954-french-grand-prix-and-mercedes-domination
https://simanaitissays.com/2013/09/03/mercedes-benz-w196-ex-fangio/

En images, Grand prix de l’ACF 1954, circuit de Reims-Gueux

18 – Juan Manuel FANGIO – Mercedes-Benz W196
20 – Karl KLING – Mercedes-Benz W196
22 – Hans HERRMANN – Mercedes-Benz W196

Quelques minutes avant le départ du Grand Prix de l’ACF 1954, Circuit de Reims-Gueux, la Mercedes-Benz W196 de Juan Manuel FANGIO remonte les stands.
Grand Prix de l’ACF 1954, Circuit de Reims-Gueux, 18 – Juan Manuel FANGIO – Mercedes-Benz W196
Grand Prix de l’ACF 1954, Circuit de Reims-Gueux, 18 – Juan Manuel FANGIO – Mercedes-Benz W196, 20 – Karl KLING – Mercedes-Benz W196
Grand Prix de l’ACF 1954, Circuit de Reims-Gueux, 18 – Juan Manuel FANGIO – Mercedes-Benz W196, 20 – Karl KLING – Mercedes-Benz W196
Grand Prix de l’ACF 1954, Circuit de Reims-Gueux, 22 – Hans HERRMANN – Mercedes-Benz W196
Grand Prix de l’ACF 1954, Circuit de Reims-Gueux, 18 – Juan Manuel FANGIO – Mercedes-Benz W196, 20 – Karl KLING – Mercedes-Benz W196
Grand Prix de l’ACF 1954, Circuit de Reims-Gueux, 20 – Karl KLING – Mercedes-Benz W196 – Photo © Jesse Alexander
Grand Prix de l’ACF 1954, Circuit de Reims-Gueux, 20 – Mercedes-Benz W196 – Photo © Jesse Alexander
Grand Prix d’Italie, Monza 2015, la rencontre : W196 et W196 carrossée pour Lewis Hamilton et Stirling Moss.

Grand Prix de l’ACF 1954, circuit de Reims-Gueux, photos de Bernard Cahier

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