Ce manque d’adrénaline

Lorsque j’ai raccroché mon casque en 2012, j’avais fait le tour. Je n’étais pas arrivé là où j’aurais voulu mais je m’étais bien amusé, j’avais vécu de belles aventures, fait de belles performances, rencontré de belles personnes. En sept ans de carrière, j’avais fait une trentaine de rallyes, des rallyes régionaux au championnat du monde des rallyes, passant par le championnat de France des rallyes ou encore le rôle d’ouvreur sur un rallye Monte-Carlo, le plus dur de tous les rallyes. 2012 était donc l’heure de raccrocher casque Peltor et combinaison Alpinestar, de me consacrer à ma vie professionnelle et personnelle. Entre autres, l’aventure ô combien prenante de TissusPapi.com allait m’occuper nuit et jour. J’étais prêt et n’avais aucun regret.

Nous voilà dix ans plus tard. TissusPapi.com se porte bien. J’ai fait de belles choses, j’ai fait progresser la boîte, recruté deux super collaborateurs et j’en suis très heureux. L’aventure entrepreneuriale n’est rien si elle est faite seule. Sans doute ai-je perdu du temps par-ci par-là, oui, mais ce n’est pas bien grave, j’ai dormi sur mes deux oreilles ou presque (un entrepreneur ne dort jamais réellement, j’en sais quelque chose) et je me pose la question : aurait-il été nécessaire d’accélérer le rythme ? Je ne crois pas. A côté de cela, la vie personnelle fut elle aussi chargée et ces dix ans furent nécessaires à cela.

L’écriture de ce magazine en ligne, et avant ça celui d’AUTOcult, m’ont bien aidé à patienter, je dois le dire. Je suis plus ou moins resté dans le monde automobile et ce fut une bonne solution de repli. J’ai vécu de jolies choses, de belles aventures, fait de beaux essais avec de beaux constructeurs qui m’ont fait confiance. Dans l’ordre, Audi, Renault, Skoda et Alpine. Cela me va, me suffit, je les remercie.

Voyez, professionnellement et personnellement, ça va bien. Si ces deux pans de ma vie m’occupent comme il se doit, me procurent joies et peines, me surprennent quotidiennement, je dois tout de même avouer un manque. Un manque d’adrénaline. Mes vie personnelle et la vie professionnelle sont remplies mais sportivement, c’est le désert. Certes il y a l’équipe cycliste Papi Cycling, créée en 2018. Mon entreprise soutient l’équipe, avec ses partenaires, et nous participons à Paris-Roubaix et quelques courses, telles que le Tour de Flandres, Lille-Hardelot et d’autres. Je dois avouer que la dernière édition en date de Paris-Roubaix fut costaude, dure, haletante, avec son lot de passion, d’efforts, d’amitiés. Passer la ligne d’arrivée dans le vélodrome de Roubaix me fut très émotionnel, tout comme la présence de ma chère et tendre à l’arrivée. Tout cela est fort, intense, difficile, et même courageux me dit-on, mais ce n’est rien face à ce que procure le sport automobile, son cocktail d’adrénaline et d’essence, de sensations fortes et de peurs, je dois l’avouer.

Jamais je n’aurais cru être aussi addict à cette molécule d’adrénaline. « Adrenaline addict » un vieux sage avait-il dit. Qu’il avait raison. Dans ma tête, dans mes bras, dans mes tripes, ce manque d’adrénaline se fait sentir. Je ne sais que faire pour combler ce manque d’épinéphrine, son autre nom. Toxique adrénaline.

Je reste sage et ne fais pas de bêtise. Je pourrais craquer mais je garde la tête froide. Dans ma vie de tous les jours, une enfilade de virages n’est qu’une succession de notes. Le GPS qui me dit de prendre à droite n’est qu’un quitté droite. Dans un rond-point, je cherche la trajectoire, sans pour autant rouler à tombeau ouvert. Au bureau, je ne prends mes notes que sur un petit cahier que je conserve comme des trésors, comme à l’époque où les pages de mes cahiers n’excédait pas sept lignes, que chacune de ces pages représentait un kilomètre. Trente pages de notes pour trente kilomètres de secteur chronométré, c’est le tempo de tous les copilotes, chanteurs de notes.

Tout cela me fait dire que Steve McQueen avait bien raison. « Racing is life. Everything else is just waiting. » avait-il dit, « La course c’est la vie, tout le reste n’est qu’attente. » Me voilà, j’attends. Comme Steve McQueen lisant son journal lors du tournage du film Le Mans en 1970, assis sur le passage de porte de sa Porsche 917 Gulf bleue et orange, attendant que le tournage du film reprenne. J’attends.

Je suis pas prêt d’être rangé des voitures. Un jour, nous reviendrons. Je me le promets.

1970, Steve McQueen patiente lors du tournage du film LE MANS.

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