Alfa Romeo TZ2, l’œuvre des sorciers d’Autodelta

Entre Milan et Udine

Nous partons aujourd’hui pour l’Italie du Nord. Direction Milan, Udine, Balocco, et toutes ces villes qui hébergent ateliers, petits garages, fonderies et leurs mécaniciens, techniciens ingénieurs. Plusieurs provenances pour plusieurs spécificités, plusieurs métiers, car la TZ2, comme toute véritable voiture de course est un puzzle géant. Notez plutôt.

Le châssis tubulaire en provenance de Pérouse, fourni par Società Aeronautica Italiana Ambrosini, entreprise aujourd’hui fermée, qui produisait principalement… des avions ! La carrosserie en fibre de verre est fournie par la prestigieuse Zagato, à Milan, quand la mécanique provient des usines Alfa Romeo de Portello, en provenance directe de la chaîne de montage des moteurs de la Giulia TI. Toutes les pièces de ce puzzle géant sont alors rapatriées à Udine, au nord-est de Venise, en l’usine Auto Delta de l’ingénieur Carlo Chiti.

Tout d’abord prestataire d’Alfa, Chiti prend la tête du projet, intégré à Alfa avec sa société Delta. L’entreprise devient rapidement Autodelta, fille d’Alfa. Le siège est rapatrié en banlieue milanaise, à Settimo Milanese, plus proche du siège d’Alfa, quand les ateliers restent à Udine (UD), loin du tumulte milanais. Secrètement, Alfa Romeo prépare son retour à la compétition, avec Autodelta comme bras armé.

1966, des essais de la TZ2 ont lieu en secret, sur la base d’essais de Balocco, à une heure à l’ouest de Milan.
On aperçoit aussi sur la plaque le « UD » de Udine.

Tubolare Zagato, deuxième génération, 1965-1967

Entre 1963 et 1967, Autodelta créé et fabrique la Giulia TZ, quand en 1965 apparait la seconde génération, nommée TZ2. C’est cette dernière qui nous intéresse ici.

Un châssis tubulaire Autodelta, une carrosserie Zagato, moteur Alfa Romeo : vaste programme pour d’historiques références. Dessinée par Zagato comme la première génération, la TZ2 est plus radicale, plus rapide, plus légère aussi, avec seulement 620 kilos sur la balance, gagnant 40 kilos sur la TZ1. Un poids atteint grâce à l’utilisation d’une nouvelle carrosserie en fibre de verre, avec une ligne nouvelle, permettant de baisser le CX de la belle italienne.

Côté pneumatiques, entre TZ et TZ2, on passe des 15 pouces au 13 pouces. La TZ2 s’en retrouve plus basse, plus trapue et moins frêle, définitivement plus sportive et plus forte.

Mécaniquement, les hommes de Autodelta œuvrent. Cette TZ2 sera exclusivement dédiée à la course, à la compétition. Ils peuvent donc s’en donner à cœur joie et c’est toute la mécanique italienne se met en route. Le célèbre double allumage Twin Spark est présent sous le capot comme sur la première génération, donnant l’étincelle au moteur 4 cylindres. Le tout donne 160 chevaux, à 7 000 tr/min. La pointe de vitesse de la TZ2 est alors diabolique et, surnommée « la petite GTO », en référence à son style proche de la Ferrari 250 GTO et à sa vélocité, elle s’autorise un 245km/h en vitesse de pointe. Un chiffre incroyable pour 1965!

620 kilos pour 160 chevaux, on imagine cela en piste, sur circuit, ou sur route, en rallyes. Une folie…

12 Heures de Sebring 1966, ce sera la victoire de classe pour la n°63, l’abandon pour la n°62 (boîte)

L’engagement sportif

En 1965 et 1966, Autodelta SpA engage officiellement la TZ2 sur bien des courses aujourd’hui mythiques : les 24 heures du Mans, la Targa Florio, les 1000 km du Nürburgring, les 1000 km de Monza… La TZ2 est partout en Europe et pointe son bout du nez aux Etats-Unis. Autodelta fait rouler les TZ2, comme d’autres équipes satellites telles Scuderia Sant’Ambroeus, qu’on retrouvera plus tard en F1.

Les victoires de classe seront nombreuses, les performances sont incroyables mais la fiabilité se révèle tout de même en dents de scie. Le projet TZ2 aura finalement eu une courte vie et après deux ans d’exploitation officielle, l’aventure « Tubolare Zagato » s’arrête là. Elle continuera avec des équipes et pilotes privés.

Dans les faits, Alfa Romeo en a assez des victoires de classe, la marque veut gagner des courses, monter sur le podium, sans devoir se limiter à une victoire de classe, chose récurrente avec la TZ2. Le programme est stoppé et les investissements se font alors sur un double programme : l’Alfa Romeo Giulia GTA tout d’abord pour l’aspect Grand Tourisme, puis la Tipo 33 (Type 33) pour le Sport prototype. Elles deviendront alors les références de la marque milanaise.

Envie de découvrir la TZ2 ? Contact, et n’omettez pas de mettre le son fort, très fort.

Play ! Et ce son… <3

Fiche technique de l’Alfa Romeo Giulia TZ2

Carrosserie Coupé 2 places, carrosserie Zagato
Exemplaires produits 9 voitures, de 1965 à 1967
Châssis Treillis tubulaire en acier
Moteur 4 cylindres en ligne, bloc et culasse en alliage léger
Cylindrée : 1570 cc – Alésage/course : 78 x 82 mm
Distribution : 2 arbres à cames en tête entraînés par chaîne, soupapes en V, double allumage
Alimentation : Pompe électrique, 2 carburateurs double corps horizontaux Weber 45 DCO 14
Puissance : 170 cv à 7 500 tr/mn
Transmission roues arrière motrices, boîte à 5 rapports AV + MA, couple conique rapport 8/41, 9/41 ou 10/41, embrayage monodisque à sec
Lubrification forcée, capacité 7 litres, carter sec
Refroidissement par eau, avec pompe centrifuge, capacité du circuit 12 litres
Freins AV et AR à disques, commande hydraulique
Carburant capacité : 100 litres
Poids à vide : 620 kg
Vitesse Maxi : 245 km/h

Nürburgring 1000 Kilometres 1966 #77 Autodelta (I), Alfa Romeo Giulia TZ2 Competition FIA GT Berlinetta Driven by Lucien Bianchi (B) Herbert Schultze (D) Result- 13th

Palmarès de l’Alfa Romeo Giulia TZ2

1ère au rallye Jolly Hotels 1965 (De Adamich-Lini)
1ère classe GT 1600 aux 1000 km de Monza 1965 (Bussinello-De Adamich) / 7ème au général
1ère classe GT 1600 aux 1000 km du Nurburging 1965 (De Adamich-“Geki”) / 17ème au général
1ère classe GT 1600 Coupe du Salon 1965 (J. Rolland) / 4ème au général
1ère classe GT Côte du Mont-Dore 1965 (J. Rolland)
1ère classe GT Côte de Chamrousse 1965 (J. Rolland)
1ère classe GT Côte de Trento Bondone 1965 (“Geki”)
1ère classe GT 1600 aux 12 heures de Sebring 1966 (De Adamich-Bussinello-“Geki”) / 14ème au général
1ère classe GT 1600 à la Targa Florio 1966 (Pinto-Todaro) / 4ème au général
1ère classe GT 1600 aux 1000 km de Monza 1966 (De Adamich-Zeccoli) / 11ème au général
1ère classe GT Côte de Cesana-Sestrières 1969 (Bersano)

Sebring, 1966 – la TZ2 de Russo et Andrey devance une Ford GT 40 MKII, avec une victoire de classe à la clé.

12 exemplaires ?

12 exemplaires ? Peut-être pas. Après quelques recherches (pas les miennes!) il s’est avéré qu’il n’y aurait pas eu 12 réels exemplaires. Certaines TZ2 étaient par exemple des TZ modifiées, transformées. On tablerait donc plutôt sur neufs exemplaires. L’une des TZ2 n’a par exemple par couru, destinée au musée d’Arese. Des papiers ont disparu, des châssis confondus. Voyez, comme toute voiture de course, la TZ2 comporte des zones d’ombre, dans une histoire rythmée entre Alfa Romeo, son prestataire Delta, puis AutoDelta Spa comme département compétition officieux puis officiel. Avec cette histoire tumultueuse et intensément passionnante, il semblerait que la TZ2 ait les même qualificatifs que celle de la marque. Tumultueuse et passionnante.

Bonne route, et si ça peut être en TZ2…
Jean-Charles

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