Dimanche 13 mai 1973, Targa Florio, Lamborghini Miura P4000 Jota : entre le mythe et l’utopie

TARGA FLORIO  : LA CARTE POSTALE

Dans mes recherches et pérégrinations sur les ternettes, je croise bien souvent des créations, des illustrations. Celle présentée aujourd’hui a attiré mon œil de passionné de vieilles autos et de compétition. Une voiture de course que je ne connaissais pas, je me devais d’ouvrir l’oeil, de chercher et d’en apprendre encore et encore.

Avant de glisser vers un récit historique ou explicatif, je tenais à féliciter Mihai Tarus pour cette illustration. Créée avec les logiciels 3DS Max, Corona et Photoshop, cette création illustre parfaitement l’ambiance de la Targa Florio 1973, avec un rendu, une ambiance incroyable. On y ressent tout et rien n’a été oublié. Sur le parapet, les graffitis blancs peints au pinceau sont fidèlement représentés. En effet, comme sur les photos ci-dessous, les tags d’encouragement étaient nombreux sur la route de la Targa Florio.

Viva Bandini, Viva Baghetti, Viva Targa Florio !

Aussi, cette scène illustre la sortie de la ville de Collesano. C’est un haut lieu de la Targa Florio, un petit village inmanquables dans l’histoire de cette course. La photo qui suit en est issue, tous comme les deux précédentes. Ce lieu est situé à Via Polizzi 2, à Collesano; il respire la passion, et l’histoire, et même aujourd’hui. Je vous conseille de vous y perdre un jour…

Quand les courses automobiles passaient en plein village…

Revenons à la Miura. Le sponsor principal Campari est un clin d’œil inconditionnel à l’Alfa Romeo 33 TT 12, vainqueur de la Targa Florio 1975, aux mains de Nino Vaccarella et Arturo Merzario, deux véritables mythes italiens de la Targa Florio. Ils cumulent à eux deux pas moins de 7 victoires en terres siciliennes.

Au fond de l’image, on aperçoit une Fiat 500, LA voiture populaire de l’époque en Italie. A ses côtés, un homme est assis, observant le passage spectaculaire de la Lamborghini, tout en lisant son journal. Sans doute le Giornale di Sicilia ou le Corriere della Sera…

On appréciera particulièrement cette mini-scène, on se rend compte là de la popularité de la Targa Florio, quand les familles passaient le dimanche en bord de route, pour voir passer la course… ou que cette folle caravane traversait les villages à vive allure.

Grand public sur les routes de la Targa pour voir la victoire de la Porsche RSR, 1973…

Les villages siciliens vivaient réellement durant la Targa…

Quand la Targa Florio traversait les illages siciliens…
Sans doute à jouer à la Scopa, ceux-là… Je ne peux m’empêcher d’y voir mon grand-père maternel. Ciao Nono!
Alpine rouge et chaussettes jaunes.

Quand je vous disais que tout était représenté…  Si vous souhaitez en savoir plus sur cette création et sur Mihai, je vous conseille cette page dédiée. Son compte insta 3DM Automotive est très cool, tout comme son Behance. Mihai nous y présente d’ailleurs son travail complet, avec l’évolution de son interprétation 3D de la Miura. C’est à découvrir ici : https://www.behance.net/gallery/99279239/The-Jota-CGi. D’autres illustrations sont à découvrir en fin d’article mais il y a un peu de lecture avant des les découvrir 🙂

Lamborghini Muira Jota, par Mihai Tarus
Lamborghini Muira Jota, par Mihai Tarus
Vision d’une Targa Florio utopique… © Mihai Tarus

MIURA P400 JOTA : ENTRE MYTHE ET UTOPIE

On imagine les nombreux fans de la marque au taureau, rêvant de revoir leur Muira favorite parcourir les difficiles routes de l’île méditerranéenne. Une vision espérée, une utopie illustrée par Mihai Tarus, car jamais la Miura Jota n’aura disputé la Targa Florio…

Situation surprenante aussi, bien que la Targa Florio fasse partie des plus grandes courses italiennes, une des course les plus historiques au monde, jamais Lamborghini n’aura remporté la Targa Florio, ni même disputé la classique sicilienne avec une implication officielle. A la réflexion, Lamborghini n’aura jamais eu une actualité très sportive, d’un point de vue compétition je parle, et sur cette île qui m’est chère, la marque de Sant’Agata Bolognese se sera toujours laissée distancer par les Ferrari, Fiat, Lancia, Alfa Romeo et Maserati… écrivant l’histoire, elles.

Lamborghini n’aura jamais tenté de tutoyer le mythe ou n’y est pas arrivé. Car si la Miura Jota était prévu pour la compétition, son futur fut plus dramatique et de son vrai nom « Lamborghini Miura P400 Jota » il ne reste que le mythe.  Des versions vues ici ou là, ce ne sont que des copies. Récit.

Fin 1969, Bob Wallace, pilote émérite des essais Lamborghini prend en charge la Miura P4000 Jota, une version un peu méchante de la belle Miura. L’objectif est simple : la compétition. Assisté de l’ingénieur Paolo Stanzani, l’essayeur Néo-Zélandais se lance dans les grands travaux. La Miura est allégée de 360 kilos,  le moteur passe à 418 ou 440 chevaux à  8800 tr/min. On voit d’ici la pompe à feu.

Mais au début des années 70, la crise fait rage chez Lamborghini. Son fondateur,  Ferruccio Lamborghini, décide de stopper les frais, d’arrêter le développement de la Jota et vend le prototype. Walter Ronchi en devient le propriétaire au printemps 1971 mais lors d’essais sur le futur périphérique de Brescia, la Lamborghini sort de la route. Le crash est inévitable et la voiture s’enflamme. Elle brûlera là, complètement et entièrement, sur le tarmac tout juste fini. L’originale Miura Jota n’était plus…

Plus tard, le propriétaire souhaite retrouver la Jota. Exit Lambo, il charge deux anciens salariés de la firme de Sant’Agata Bolognese de reconstruire la belle. Et la « Millechiodi » est née… Elle sera l’unique modèle, basé sur la Miura P400S. « Millechiodi’, ou « mille clous », « mille rivets », un clin d’œil aux nombreux rivets utilisés pour monter l’auto, créer la structure, fixer ses éléments de carrosserie. A l’intérieur ou l’extérieur, les modifications sont nombreuses pour arriver à une copie parfaite de la défunte Jota.

D’autres répliques existent mais elles sont très rarement aussi précises que la Millechiodi… mais la Jota, il n’y en aura eu qu’une seule.

Le saviez-vous ? « Jota » se prononce « Rota », comme le J espagnol. Un clin d’œil à l’annexe J, cadre de la réglementation compétition FIA qui définit et organise les classes et groupes des voitures de course… Voyez, tout était écrit, tout était rassemblé pour que l’histoire soit belle, pour que la Miura Jota voit le jour. Mais la crise chez Lamborghini, puis la crise pétrolière de 1973 sont passées par là… La Jota portait le numéro de châssis 5084.

Bonne journée chez vous,
Jean-Charles

© Mihai Tarus
© Mihai Tarus
© Mihai Tarus
© Mihai Tarus
© Mihai Tarus
© Mihai Tarus
© Mihai Tarus

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