Patrimoine : Tissus Papi, institution roubaisienne

Tout comme l’histoire des café, il s’agit ici d’un texte publié sur le feu blog participatif Roubaix Patrimoines. Ce blog ayant disparu je ne sais où, j’ai remis la main sur ce texte que je vous partage ici. Il date de 2015, a été republié le 25 mars 2020 ici en date de sa première publication, le 19 novembre 2015 et semble toujours d’actualité.

Depuis plus de 30 ans, une drôle de boutique siège au 10 rue la Fontaine, à Roubaix, : les Tissus Papi. Certains disent que c’est une institution à Roubaix. D’autres l’appellent la caverne d’Ali Baba. Je n’aime pas trop ce nom, moi qui grandis dans cet endroit depuis trente ans. J’y ai vu toute la famille. Tout le monde y est passé, tout le monde y passe encore. C’est le rendez-vous premier des oncles, cousins, fils et filles partis vivre un peu de loin de chez nous. Là, ils savent que peu importe l’heure, ils seront accueillis comme à la maison.

Ils en est de même pour nos clients, accueillis comme à la maison. Certains sont devenus des amis. Toujours nous essayons d’avoir le sourire, peu importe l’heure, la météo ou la fatigue. A l’heure du « toujours plus vite » Papi fait figure d’outsider. Nous y prenons notre temps, quitte à faire fuir un client trop pressé. Il reviendra s’il a besoin. Nous sommes peut être là prescripteur du slow-shopping. Il existe bien le slow-food ou la slow-cosmétique.

Héritier de l’histoire textile de la cité aux mille cheminées, Papi garde le traditionnel amour des couleurs et des matières, des textures et des modes. L’amour du travail bien fait en découle, après plus de soixante ans d’histoire, trente-cinq ans de magasin l’an prochain, trois ans de boutique en ligne et trois générations. Il parait que nous faisons partie du patrimoine.

Chez nous, pas de conseil d’administration annuel. Non, chez nous, il est quotidien. Au détour d’une porte, lors d’un chargement/déchargement de camion, lorsqu’une idée nous passe par la tête, nous en parlons et faisons évoluer Papi. La confiance est totale, chacun a son rôle, chacun a sa patte, chacun vit Papi à sa façon, avec son coeur. L’âme en peine d’un oncle, d’une mère voyant un avis négatif d’un client sur notre boutique en ligne. La joie commune d’un contrat accepté par le client. Le sourire d’une cliente ravie de sa robe, qu’elle a confectionné avec nos tissus. La joie d’une grand-mère venue au magasin pour acheter le coton qui ira au couffin de son petit fils nouveau né. En trente-cinq ans, combien de mariages avons-nous vus ? Combien de baptêmes ? Combien d’enfants ont dansé, costumés de nos tissus, lors de fêtes d’écoles ? Il nous est bien difficile de répondre à toutes ces questions d’une vie.

De la vie d’une entreprise, Papi est surtout notre vie, un peu de la vôtre aussi.

Je vous laisse, le téléphone sonne. Mon oncle ou ma maman au bout du fil. A cette heure de la journée, ça aurait pu être des collègues.

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